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Nous faisons un métier rigolo

Nous nous levons le matin pour faire des dessins, des trucs et des machins créatifs. Nous sommes chanceux de faire de ce métier. C’est un beau métier que de faire de la pub, du design graphique, des objets, de la communication et même du web et du marketing. Sérieusement, ne serions-nous pas en train de tuer le plaisir en ne nous arrêtons pas cinq secondes ?

Qui a la chance de pouvoir faire du Facebook en étant payer ? encore 4 secondes
Qui peut se permettre d’aller au travail habillé comme un clochard et pouvoir espérer une promotion sociale ? plus que 3 secondes d’arrêt
Qui a un espresso gratuit à la « journée longue » ? 2 secondes avant la fin
Qui a la chance de pouvoir visiter un site porno pour le travail ? 1 seconde et c’est terminé
Et de manger dans des restaurants vraiment sympathiques durant 2 heures ou visiter une exposition parce que le métier l’exige ? Terminé, les 5 secondes sont finies.

Et ce ne sont que des avantages superficiels du métier.

Il y a mieux

Quel métier peut avoir autant de pouvoir sur la société tout pondant des phrases qui tuent, des visuels qui arrachent, des vidéos osées ? Qui ?

Non, ce sont nous, les publicitaires, les communicateurs. On fait un vrai métier de clown avec des enjeux qui nous dépassent, mais cela est bien d’être immature.

Pourquoi alors ces gueules d’enterrement lorsque nous parlons de notre métier ? Pourquoi cet esprit étriqué qui sort de n’importe quelle rencontre ou conférence ? Pourquoi tout ce sérieux ?
Cherchons-nous une respectabilité ?

Nous sommes des créateurs, des créateurs en arts-appliqués, nous sommes de mercenaires. On nous donne un budget et on trouve des idées. Le contrat est simple. Le reste n’est que masturbation.

Mercenaires

Nous sommes des soldats payés pour atteindre des objectifs commerciaux. C’est la base primaire de notre métier. Ensuite, nous avons honte de ce que nous faisons et nous mettons des mots sur nos actions. Nous sommes des créatifs, nous faisons de la créativité, du branding, du social, du viral, du design, etc, il y a une tonne de mots pour masquer la raison première de notre métier.

Nous vous aidons à vendre plus. Ensuite, vous prenez les moyens qui vous semblent les plus appropriés pour réussir.

Lichen a un problème lorsque nous oublions la raison de ce métier. Nous aidons les sociétés ou certains individus à vendre plus. C’est l’unique but. La vente peut être directe ou indirecte, évidente ou subtile, intelligente ou méchante, mais il y aura une transaction à un moment. Une association caritative a les mêmes objectifs qu’un vendeur de missiles. Nous sommes des mercenaires qui acceptons ou pas les missions qui nous sont confiées.

Le monde de la communication a honte de cet état. Toutes les agences rêvent de virginité et de belles causes tout en vendant des tonnes de yaourts fabriqués au lait bourré de médicaments. Il suffit d’aller dans une soirée de pub pour y entendre des discours sur un monde meilleur. Passer deux minutes sur un site tel que œilpourœil.ca consiste à tomber dans le royaume de la naïveté. Lorsque vous faîtes un beau catalogue avec une belle typo, vous permettez de vendre plus un produit ou une idée.

Pourquoi notre profession réfute la base même de la communication ?

Autour de nous | partie 3

Nous mettons des images et des mots ensembles pour créer un besoin chez des individus afin qu’ils modifient leur(s) comportement(s). C’est la base de notre métier. Pour que ce changement se fasse, nous jouons avec les codes existants.
La difficulté consiste à intégrer un élément inconnu. Les codes sont bouleversés et telle une greffe, il y a un risque de rejet. Certains publicitaires refusent cette notion de nouveauté car cela effraye. Il est plus sage à leurs yeux de développer sur des valeurs conservatrices afin de rejoindre le plus grand nombre. D’autres préfèrent au contraire chambouler les conventions afin de créer un produit créatif neuf et audacieux. Dans cette dernière catégorie, il y a deux strates, ceux qui sont toujours en avances et ceux qui attendent juste les premiers balbutiements pour se lancer. À Montréal, certaines agences sont très fortes pour récupérer des tendances avant qu’elles ne deviennent populaires et ainsi passer pour des génies et ces agences ont raison de le faire. Nous faisons de la pub, pas de l’évangélisation, sauf Lichen peut-être, mais bon, notre plan d’affaire est très quelconque, cela ne fait que six ans que nous existons.